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L'amiante, qu'est-ce que c'est ?

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L'amiante est une famille de fibres minérales naturellement présentes dans les roches. Ce matériau aux nombreuses vertus (résistance au feu entre autres) a largement été exploité par l'homme et principalement dans le secteur du BTP. La fibre d'amiante, indécelable à l'œil nu, donne une partie de ses propriétés aux matériaux auxquels elle est incorporée.

La toxicité d'une fibre d'amiante dépend de :

-    La dose inhalée, en nombre de fibres inhalées par l'individu au cours de sa vie.

-    La dimension de la fibre, et notamment sa longueur. Les fibres courtes pourront être plus facilement évacuées par l'organisme, et représenteront donc un risque moins grand que les fibres longues.

-    La biopersistance, définie par sa résistance aux attaques chimiques que l'organisme met en œuvre pour détruire les corps étrangers. Une fibre résistante persistera dans l'organisme et pourra développer des pathologies, alors qu'une fibre faiblement résistante sera éliminée et ne sera pas source de problème.

-    La famille à laquelle appartiennent les fibres amphiboles et serpentines : les données épidémiologiques suggèrent que l'exposition aux fibres de chrysotile produit une incidence de cancers moins élevée que l'exposition aux amphiboles, en particulier pour le mésothéliome.*

*Source: Dossier Médicotechnique TC 71 de l'INRS: Physiopathologie des maladies liées à l'amiante

Il existe deux grandes familles minéralogiques d'amiante: les amphiboles et les serpentines. Ces deux types d'amiante se déclinent sous différentes variétés.  

 

Actinolite (origine: Californie, Etats-Unis)

Crédit photo: John Sobolewski

Chrysotile (origine: Brésil)

Crédit photo: Eurico Zimbres

ZOOM SUR LES AMPHIBOLES

Il existe au total 5 amiantes amphiboles réglementées par la directive européenne de 2009: la crocidolite, l'actinolite amiante, la trémolite amiante, l'anthophyllite amiante et l'amosite. L'amosite et la crocidolite sont les plus courantes, puisqu'elles ont été utilisées à l'échelle industrielle. 

Les amphiboles amiantes  se présentent sous forme de tiges ou fibres rigides à l'échelle microscopique. Leur composition les rend très solides et biopersistants.

Certains minéraux amphiboles (anthophyllite, trémolite, actinolite notamment) peuvent être présents à l'état naturel dans les granulats. Dans ce cas, il faut distinguer les variétés asbestiformes et non asbestiformes du minéral :

-    Les amphiboles-amiante (ou asbestiformes) se trouvent dans certaines roches métamorphiques (les roches vertes). Le faciès asbestiforme se réfère au type de croissance des minéraux dans la roche: il s'agit d'une croissance cristalline unidirectionnelle, conférant au minéral des propriétés remarquables, grâce notamment à son fort rapport d'allongement et à sa souplesse.

-    Les amphiboles peuvent également se présenter sous forme de fragments de clivages prismatiques de minéraux "amphiboles" suite à des sollicitations mécaniques. Ces fragments peuvent prendre la forme de cristaux allongés dans certains cas. Ces cristaux ont la même composition chimique que les minéraux amiantes associés mais n'ont pas les propriétés exceptionnelles des fibres d'amiante et ne rentrent pas dans le cadre de la réglementation amiante.

Ce type de problématique existe pour les échantillons naturels ou dans lesquels des roches subsistent à l'état naturel (enrobés routiers notamment). 

ZOOM SUR LES SERPENTINES

Le chrysotile, de la famille des Serpentines, représente 90% de l'amiante ayant été utilisé pour des applications industrielles. Il se trouve sous forme de fibres blanches et ondulées. Il est composé de magnésium et de silicium. 

Le chrysotile est légèrement moins biopersistant que les amphiboles, et l'organisme pourra en éliminer une partie.*

*Source: Dossier Médicotechnique TC 71 de l'INRS: Physiopathologie des maladies liées à l'amiante 

 

Pourquoi et comment a-t-on utilisé l'amiante ?

L'amiante est connu pour être un isolant thermique et acoustique

Il permet également de rendre ininflammables des objets combustibles, ce qui fait de lui un composant ignifuge. Flexible et élastique, ce composant résiste à l'usure et peut être filé ou tissé.

C'est pour cela qu'il a été très exploité dans l'industrie jusqu'à son interdiction définitive. 

Tout au long du XXème siècle, les cas de pathologies liées à l'amiante s'accumulent. De plus en plus d'études tendent à montrer le lien de cause à effet, mais les pouvoirs publics tardent à réagir alors que l'industrie de l'amiante est florissante. Ce n'est qu'en 1997, 50 ans après les premières études probantes, que l'amiante est totalement interdit en France.

 

Comment l'amiante a-t-il évolué au fil du temps ?

 

L'amiante a été utilisé depuis plusieurs centaines, voire des milliers d'années.

 

 

Exemples d'objets qui furent amiantés:  Le vin filtré à l'aide de supports en amiante, la bière, l'eau, les affleurements naturels (l'amiante étant un minéral, il est présent dans certaines zones de façon naturelle), certaines cigarettes qui contenaient des filtres en amiante ou encore des vêtements (gants, couverture, pyjamas…).

L'amiante, quels dangers pour l'homme ? 

Le risque lié à l'amiante dépend du type de produit dans lequel il a été incorporé et de son état de dégradation. 

L'amiante est l'une des premières causes professionnelles de mortalité. Sous forme de minuscules fibres, l'amiante est rejeté dans l'air et pénètre dans l'organisme pour se loger dans les alvéoles pulmonaires. Son caractère indestructible le rend alors très nocif pour le corps humain. Des maladies létales, telles que l'asbestose, le cancer du poumon ou encore le mésothéliome (cancer de la plèvre) peuvent se développer. Il est à noter que les effets néfastes de l'amiante et tous ses symptômes sur le corps humain n'apparaissent en général que 15 ans (ou plus) après l'exposition à ce composant.

En conséquence de ces effets néfastes, l'exposition des personnes à l'amiante doit être maîtrisée et réduite au maximum (en dessous des seuils légaux). Pour cela, deux législations existent: 

-    Une législation liée au code du travail pour les professionnels de l'amiante qui interviennent sur des chantiers; 

-    Une législation liée au code de la santé publique pour toute personne évoluant dans des bâtiments publics ou communs contenant de l'amiante. 

Propriétaires de biens immobiliers : comment faire face à ce danger ?

Un propriétaire d'immeuble détenant un permis de construire délivré avant le 1er juillet 1997 doit obligatoirement effectuer un repérage de produits et matériaux contenant de l'amiante. Les résultats de ce diagnostic doivent figurer dans un Dossier Technique Amiante (DTA) mis à jour. Les propriétaires de maisons individuelles sont également concernés dans le cas d'une vente ou d'une démolition de leur bien.

Depuis 2013, trois listes distinctes regroupent les différents produits et matériaux contenant de l'amiante :

Liste A

Flocages, calorifugeages et certains types de faux-plafonds qui pourraient libérer des fibres d'amiante à cause d'un vieillissement;

Liste B

Les plaques d'amiante-ciment, les dalles de sol en vinyle amiante ou les conduits de vide ordures, dans lesquels l'amiante est lié à un autre matériau solide, pour lesquels le risque de dispersion des fibres intervient notamment à l'occasion de travaux;

Liste C

Regroupe les matériaux et produits contenant de l'amiante à repérer avant une démolition

 

L'état de conservation des matériaux indiquera ensuite s'il faut réaliser des mesures d'empoussièrement, surveiller l'état des matériaux régulièrement ou encore réaliser des travaux de mise en sécurité.

Le DTA doit ensuite être transmis au préfet du département concerné, puis le propriétaire doit réaliser un calendrier de ces travaux qu'il définira précisément.

D.T.A : Le Dossier Technique Amiante informe sur les composants d'un bâtiment. Il permet au propriétaire d'organiser la prévention contre les risques liés à l'amiante. Ce document est obligatoire depuis le 1er janvier 2006. Ce dossier regroupe différents éléments tels que :

-    Les rapports de repérage des matériaux et produits des listes A et B ;

-    Dans le cas où des fibres d'amiante seraient détectées : la date, la nature, la localisation et les résultats des avancées de cette évaluation ;

-    Les recommandations générales de sécurité définies réglementairement ;

-    Une fiche récapitulative suivant un modèle bien précis; 

-    Les travaux de désamiantage s'il y a lieu avec les mesures d'empoussièrement qui leur sont liées; 

-    Le DTA doit être tenu à jour et actualisé en fonction des travaux effectués sur le bâtiment. 

COMMENT ANALYSE-T-ON L'AMIANTE ?

Quels moyens pour déceler l'amiante dans les matériaux ?

L'amiante est une fibre qui peut être très fine, entre 2000 et 3000 fois plus fine qu'un cheveu. En suspension dans l'air, elle est invisible, indolore et incolore. Le danger est potentiellement présent mais non détectable, hormis par des techniques d'analyse spécifiques dûment réglementées.

La mesure de l'amiante dans l'air  - pour la protection des opérateurs de désamiantage, initialement réalisée en microscopie optique à contraste de phase (MOCP) a - été remplacée en 2012 par une technique de mesure par microscopie électronique à transmission (MET). Cette technique, permet une observation des fibres à un grossissement de 10 000 au lieu de 400 (en MOCP). 

La recherche des fibres d'amiante dans les matériaux solides s'effectue à l'aide d'un couple de techniques de microscopie optique (MOLP) et électronique (MET). La technique optique permet d'identifier notamment l'amiante dans des matériaux entièrement fibreux. Cette technique est complétée, pour les matériaux non fibreux, par une observation au MET qui permet un grossissement minimum de 10 000 mais également de faire des analyses sur les fibres (digrammes de diffraction, analyse chimique des éléments constituant les fibres). Ainsi, lorsque la lumière (les photons) ne suffit plus à détecter l'amiante, elle est remplacée par des électrons.

MOLP

Microscopie Optique à Lumière Polarisée qui permet l'analyse de matériaux fibreux (et, dans certains cas, des matériaux - non-fibreux) grâce à l'utilisation d'un faisceau de lumière polarisée. Une ensemble de critères techniques permettra de valider ou non que la fibre observée est de l'amiante ou non. 

Plus vulgairement parlant, l'amiante est un "assemblage cristallisé" sur la base d'une structure élémentaire qui se répète dans l'espace sous une forme allongée spécifique. Cela confère à la fibre des propriétés optiques particulières. Le microscope optique permet en quelque sorte d'identifier cette "signature" à l'aide d'une lumière polarisée. L'analyse réalisée par un microscope optique ne permet cependant pas de s'assurer de l'observation de fibres dont le diamètre est inférieur à 0.2 microns. 

 

MET

Microscopie Electronique à Transmission qui permet l'analyse de matériaux fibreux et non-fibreux. La technique du MET est identique à celle du MOLP mis à part que l'on a remplacé la lumière par des électrons et les lentilles en verre par des lentilles électromagnétiques. Cela permet d'obtenir des informations plurielles sur la matière présente lors d'agrandissements importants (entre 10 000 et 20 000 fois). La matière "traversée" par des électrons permet d'obtenir davantage d'informations et permet d'effectuer une analyse basée sur trois critères: leur aspect morphologique, leur structure cristallographique et leur composition chimique élémentaire. Cette analyse est plus poussée que celle du MOLP et permet d'analyser des structures plus petites. 

Les matériaux fibreux se distinguent des non-fibreux en présentant des fibres visibles à la loupe binoculaire. Ils peuvent être analysés par les deux microscopes MOLP et MET, alors qu'il est impératif d'utiliser un MET en cas d'absence de fibres optiquement observables. 

MEB

Microscopie Electronique à Balayage qui permet de produire des images en haute résolution de la surface d'objets, de bactéries ou encore de matériaux. Cette technique utilise le principe d'interaction entre les électrons et la matière étudiée. Sa grande profondeur de champ le distingue des autres microscopes mais sa résolution reste moins bonne que celle du MET. 

 

 

Quels moyens pour déceler l'amiante dans l'air ?

 

Pour mesurer la présence d'amiante dans l'air, cela commence par un échantillonnage de l'air à l'aide d'une pompe et d'un filtre placé dans une tête spécifique. L'air passe à travers le filtre qui piège les fibres. Le filtre est ensuite préparé pour être transposé sur une grille de microscopie en vue de son analyse par MET. Cette méthode consiste à explorer une fraction connue du filtre prélevé, dans laquelle on effectue un comptage des fibres. Il est important de connaître la Sensibilité Analytique (SA) que l'on veut atteindre. Plus la SA est faible, plus la mesure est précise. Cette SA peut être abaissée de deux manières différentes : en augmentant la surface examinée ou en augmentant le volume d'air prélevé. 

 

AMIANTE ENVIRONNEMENTAL: DE QUOI S'AGIT-IL? 

Au-delà de son utilisation et de sa présence dans certains matériaux du bâtiment, l'amiante est présent à l'état naturel dans des roches caractéristiques. Il peut se trouver dans les fractures ouvertes de certaines roches en affleurement.

Les serpentinites (qui contiennent entre autres des minéraux de type serpentines, famille de minéraux dont le chrysotile fait partie) sont des roches métamorphiques qui appartiennent aux "complexes de roches vertes". Ces roches sont issues essentiellement de l'altération des roches du plancher océanique qui ont été déformées sous l'effet de collision de plaques. Les minéraux d'amphiboles-amiante sont contenues dans des roches de type amphibolites

Le Bureau de Recherche de Géologie Minière (BRGM) a cartographié le territoire français pour recenser et classer les sites naturels amiantifères ainsi que les zones susceptibles de l'être, en fonction des types de formations rocheuses. Différentes classes d'aléa ont ainsi été définies.

Il est important de souligner que plusieurs études épidémiologiques ont montré le développement accru de pathologies chez des populations exposées à l'amiante dit « environnemental », et tout particulièrement en Haute-Corse où des mines à ciel ouvert peuvent poser des problèmes de pollution. 

 

Figure: Cartographie des sites d'aléa 4 en France, marqués d'un point rouge (l'aléa 4 correspond aux sites où la présence de minéraux amiantifères est avérée)

Source: http://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-53599-FR.pdf 

 

L'AMIANTE DANS LES ENROBES ROUTIERS

L'amiante a été introduit de façon intentionnelle dans le mastic (liant hydrocarboné + fines) de façon à améliorer la résistance de l'enrobé routier à l'usure (limite la propagation de fissures), et prévenir les phénomènes d'orniérage. Jusqu'au début des années 90, certaines couches de roulement ont ainsi été réalisées avec des enrobés contenant des fibres d'amiante, généralement des fibres de chrysotile, à une teneur d'environ 1% de la masse sèche.

Les granulats - utilisés dans les enrobés routiers et extraits de carrières se trouvant dans des régions amiantifères - peuvent contenir de l'amiante à l'état naturel, notamment en France, dans la série minéralogique trémolite-actinolite. 

Source: Exemple d'ornières bien marquées http://www.dgroadmachinery.fr/5-3-micro-surfacing-paver.html