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Détection problématique de Listeria

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Dossier : Listeria

Détection problématique de Listeria monocytogenes dans des échantillons où Listeria innocua est présent.

 

Actuellement, les méthodes normalisées de recherche de Listeria monocytogenes dans divers produits alimentaires préconisent deux phases d'enrichissement successives en bouillon Fraser 1/2 et Fraser 1 (30-37°C), puis étalement sur gélose selon Agosti et Ottaviani et sur une autre gélose au choix (Oxford ou Palcam) (Norme ISO 11290-1/A1). Ces phases d'enrichissement ont pour but d'augmenter le niveau de contamination en Listeria sp. et de limiter ou de diminuer celui de la flore annexe. La recherche de L. monocytogenes est ensuite menée à partir de 1 à 20 colonies suspectes présentes sur les géloses sélectives d'isolement.

 

Bouillon Fraser avant et après incubation

La détection d'espèces de Listeria autres que L. monocytogenes parmi les colonies suspectes ne permet pas d'exclure la possibilité que L. monocytogenes soit présente dans l'échantillon. Il est reconnu que Listeria innocua présente un taux de croissance plus rapide que L. monocytogenes dans un bouillon non selectif (Curiale and Lewus, 1994 ; Duh and Schaffner, 1993 ; Evanson et al., 1991). Après incubation, le niveau de population en L. innocua atteint, dans un milieu d'enrichissement sélectif, est supérieur à celui de L. monocytogenes (Petran and Swanson, 1993 ; Curiale and Lewus, 1994). L.monocytogenes serait plus sensible à l'acriflavine, molécule présente dans le bouillon d'enrichissement Fraser (Beumer et al., 1996). L'étude de Curiale et Lewus (1994) indique que L.innocua a un avantage sélectif sur L. monocytogenes au cours des phases d'enrichissement (croissance plus rapide). L.monocytogenes est seulement détectée à partir de 38, 92 et 85% d'échantillons contaminés artificiellement avec les deux espèces respectivement pour des ratio de L.monocytogenes /L.innocua de 12/1, 120/1 et de 1200/1.

Lors d'une étude réalisée sur des fientes de corbeaux freux, trois méthodes d'enrichissement ont été utilisées pour optimiser la récupération de souches de Listeria sp (Bouttefroy et al., 1997). Ces techniques nécessitent soit un milieu sélectif, soit un milieu non sélectif soumis à des températures (37°C et/ou 4°C) et à des durées d'incubation différentes (24 h et/ou 5 mois). Aucune des 3 techniques ne permet de récupérer l'ensemble des souches. La récupération des souches dépend de la technique d'enrichissement. L'enrichissement de 24 h à 37°C en milieu sélectif permet de récupérer préférentiellement les souches de L. innocua. La méthode associant un milieu sélectif et deux incubations successives (24 h - 37°C et 5 mois - 4°C) permet de récupérer le plus grand nombre de souches et principalement l'espèce L. monocytogenes. Les températures de réfrigération (4-5°C) sont favorables à la survie de Listeria sp. quelles que soient les conditions de cultures car elles permettraient la réparation des cellules stressées par la chaleur (Northolt et al., 1988 ; Sörquist, 1993). L'enrichissement au froid n'est utilisable que pour des études sur l'écologie de L. monocytogenes dans divers environnements et non pas dans le cadre de contrôle de produits alimentaires. Dans ce cas, la présence de L.monocytogenes peut être détectée qu'après plusieurs semaines à quelques mois en raison d'un taux de croissance plus faible. En microbiologie alimentaire, le type d'enrichissement préconisé par la norme ISO favoriserait plutôt la détection de L. innocua au détriment de L.monocytogenes. En conclusion, ne trouver que L.innocua ne signifie pas que L.monocytogenes n'est pas présente.

Colonies de Listeria sur gélose Agosti Ottaviani

 

Colonies de Listeria sur gélose Oxford

 

Colonies de Listeria sur gélose Palcam


Références : 
Beumer, R.R., te Giffel, M.C., Spoorenberg, E. and Rombouts, F.M. 1996. Listeria species in domestic environments. Epidemiol. Infect. 117: 437-442. 
Bouttefroy, A., Lemaître, J.P. and Rousset, A. 1997. Prevalence of Listeria sp.in droppings from urban rooks (Corvus frugilegus). Journal of Applied Microbiology. 82: 641-647. 
Curiale, M.S. and Lewus, C. 1994. Détection of Listeria monocytogenes in samples containing Listeria innocua. Journal of Food Protection. 57: 1048-1051. 
Duh, Y.H. and Schaffner, D.W. 1993. Modelling the effect of temperature on the growth rate and lag time of Listeria innocuaand Listeria monocytogenes. Journal of Food Protection. 56: 205-210. 
Evanson, D.J., Klatt, M.J., Donlevy, T.P. and Flowers, R.S. 1991. Agar-based 24-h method for presumptive identification ofListeria monocytogenes. Journal of Food Protection. 54: 370-371. 
Northolt, M.D., Beckers, H.J., Vecht, U., Toepoel, L., Soentors, P.S.S. and Wisselink, H.J. 1988. Listeria monocytogenes. Heat resistance and behaviour during storage of milk and whey and making of Dutch types of cheese. Netherland Milk Dairy Journal. 42: 207-219. 
Petran, R.L. and Swanson, K.M.J. 1993. Simultaneous growth of Listeria monocytogenes and Listeria innocua. Journal of Food Protection. 7: 616-618. 
Sörquist, S. 1993. Heat resistance of Listeria monocytogenes by two recovery media used with and without cold preincubation. Journal of Applied Bacteriology. 74: 428-432.